
La voie étroite mais probable de sortie de crise.
Situation bloquée : comment Trump et le monde peut/doit s’en sortir sans trop de casse.
Evaluation de la situation, prospective et leçons pour la France.
Dans cette guerre asymétrique, du faible au fort, toutes les issues semblent bloquées.
Mais le temps continue de tourner avec le détroit d’Ormuz bloqué, 20% de la production mondiale impossible à envoyer à l’étranger et les puits de pétrole fermant un à un ce qui occasionnera des dégâts de plusieurs semaines à la production (il faut plusieurs semaines/mois pour rouvrir des puits arrêtés). Et tant que le détroit est bloqué, le marché est déséquilibré et les prix du pétrole augmenteront structurellement et plus en plus vite.
Si l’administration Trump a réussi à faire baisser la température du pétrole par 3 moyens de pression pour faire baisser les marchés (« nous allons rapidement délivrer le pétrole des stocks stratégiques », « la guerre est complète et va s’arrêter bientôt », « les Etats-Unis vont débloquer le détroit d’Ormuz »), la réalité qui filtre des réunions d’information des sénateurs et de la marine américaine est que personne ne sait comment débloquer le détroit. Accompagner avec la marine les pétroliers serait suicidaire vu la capacité des Iraniens à frapper via leurs drones sous-marins, leurs missiles hypersoniques et leurs vedettes lance-missiles. Imaginons des navires américains brûlés dans le golfe persique et forcés de se retirer : L’Amérique ne peut pas risquer une telle défaite symbolique et probable. Le pire étant que l’Iran mine le détroit d’Ormuz ce qui aggraverait la durée de déblocage du détroit de plusieurs mois.
Les Etats-Unis sont pris par le temps.
Ils ne peuvent pas détruire le programme nucléaire iranien du ciel.
Ils ne peuvent pas changer le régime en emmenant des hommes au sol puisqu’il faudrait trois mois minimum pour préparer une telle opération et sa logistique complexe. Trois mois, c’est un pétrole à 150 $ de baril assuré pour une opération au sol loin d’être gagnée. Un baril très cher jusqu’à 150 $ le baril pendant 3 mois, c’est une crise financière et économique américaine qu’aucun président ne peut se permettre avant les élections de mid-terms de novembre 2026. D’autant plus pour une guerre soutenue seulement par une minorité d’Américains.
Une guerre bloquée
L’Iran a de quoi tenir plusieurs mois. Il bénéficie de très nombreux missiles (plus de la moitié du stock initial) et de drones (production de 15.000 drones par an), de l’appui satellitaire des Chinois rendant leurs frappes plus précises. L’Iran continue chaque jour à attaquer Israël qui souffre de plus en plus, au point où filtrent des informations dans les médias d’officiels israéliens affirmant que la guerre devient trop couteuse. La même chose filtre dans les médias américains. Les officiels iraniens affirment, suite aux propositions américaines de négociations transmises par différents canaux, qu’ils refusent les négociations : ils démontrent qu’ils se sentent (à tort ou à raison) en position de force. Ils sont prêts à accepter des destructions sur leur sol et une guerre longue. Les Américains bombardent avec toute la puissance de leur appareil de guerre mais cela ne suffit et pas. Deux semaines de bombes n’ont pas suffi, quatre semaines de bombes ne suffiront pas non plus. Qui plus est, le gouvernement américain a tapé sur les doigts d’Israël qui a bombardé des dépôts de pétrole à Téhéran. Pourquoi ? Parce qu’il sait que le gouvernement iranien a dit que pour chaque infrastructure stratégique détruite en Iran, une infrastructure stratégique sera détruite en Israël ou dans les pays du golfe. La guerre est bien bloquée sans solution pour personne.
Dans une guerre bloquée, disposer du temps alors que son adversaire ne peut pas se le permettre, donne un grand avantage aux Iraniens. Le gouvernement américain a sur lui la pression des électeurs américains et des Etats du golfe touchés par leur guerre qui pourraient si la situation empire se tourner pour la suite vers un autre protecteur, la Chine ou la Russie : une catastrophe pour l’empire.
Prospective.
Les Américains donnent l’impression de secouer la bouteille dans tous les sens pour voir si du liquide peut s’en échapper. Ils ont essayé la solution kurde, ça n’a pas marché. Ils ont essayé la solution révolte interne, ça n’a pas marché et il semble bien qu’ils ont même solidifié un régime défaillant. Selon les dires des sénateurs informés par le gouvernement américain sur la situation, après deux semaines de guerre, ils n’ont pas d’idée comment s’en sortir.
Vu le temps qui passe et le prix du pétrole qui monte inexorablement, les engrais du golfe qui ne passent plus (30% des engrais fournis au monde), le problème à terme d’alimentation dans les pays du golfe qui sont des pays du désert dont l’approvisionnement maritime est bloqué, la guerre doit se terminer rapidement pour les Américains. Sinon, c’est une élection perdue d’avance pour Trump et les Républicains et une menace de destitution pour Trump en cas de défaite dans les mid-terms.
Les deux seules façons qui permettent de terminer cette guerre, ce sont des négociations ou une bombe nucléaire sur l’Iran. Je n’en vois pas d’autres mais je peux évidemment me tromper, la guerre porte par nature de l’imprévisibilité. Une bombe nucléaire serait une solution aux risques géopolitiques incalculables (Israël détruit en retour par une bombe pakistanaise ?). Cette hypothèse semble pouvoir être écartée mais le fait de la penser montre le niveau de risques que crée cette situation de blocage et le risque de défaite stratégique humiliante des Etats-Unis.
Si les Etats-Unis quittent la zone sans négociation, le détroit d’Ormuz peut rester bloqué plus longtemps, l’Iran en appelant au monde pour qu’il soit débloqué contre la fin des sanctions américaines, sans compter que l’Iran continuera à frapper Israël tous les jours. Position humiliante pour les Etats-Unis. Il faudra bien des négociations.
Le gouvernement iranien risque fort de vouloir faire payer cher cette défaite stratégique aux Etats-Unis : pas seulement par vengeance d’avoir voulu les chasser du pouvoir et d’avoir tué Khamenei, mais pour ne plus être à risque d’une guerre israélo-américaine (c’est la deuxième en 9 mois !) et pour obtenir le statut de puissance régionale et éventuellement la levée des sanctions. L’Iran est sous sanctions américaines très fortes depuis des dizaines d’années qui appauvrissent le pays et menacent le régime. Ce sera une demande de l’Iran. L’Iran demandera des garanties de ne plus être attaqué (deux fois en 9 mois rappelons-le). Il est probable que l’Iran demandera un accord un peu solide contre les cartes qu’il a sur la table. Le meilleur accord serait la fin des sanctions américaines contre l’Iran et la garantie de ne plus être agressé par les Etats-Unis contre l’arrêt du programme nucléaire iranien et la remise à un pays tiers de l’uranium enrichi par l’Iran et de ses centrifugeuses. L’Iran a tout intérêt à accepter cette solution car elle donne au régime une respiration économique et l’Iran aura accru son prestige et affirmé sa puissance régionale.
Voilà ce qu’une puissance comme la France devrait proposer pour terminer cette guerre et en finir avec les crises en Iran.
Est-ce que cette solution sera acceptée par Trump ? Il pourra la vendre dans tous les médias comme un superbe deal : je suis allé faire des bombardements quelques semaines, j’ai obtenu la fin définitive du programme nucléaire iranien et un Iran en paix, qui se développera économiquement. C’est tout à fait possible et cela permettrait à Trump de se présenter en champion de la paix pour les mid-terms, de solidifier sa base MAGA ébranlée alors qu’il s’est lancé dans une guerre aventureuse contraire à ses promesses.
Cela aurait dû être le rôle de la France que de porter cette solution, cela risque d’être la Russie de Poutine, ayant la confiance de l’Iran, des BRICS et de Trump, qui la portera.
Netanyahou sera le grand perdant de l’histoire. Il perd son ennemi juré l’Iran qu’il pourra difficilement agresser seul. Le projet de grand Israël sera contrarié. C’est une des inconnues de cette histoire. Toute cette solution est une des seules qui peut sortir Trump de ce bourbier. Acceptera-t-il cette solution perdante pour Israël ?
Et la France dans tout ça ?
Cette guerre asymétrique est une aventure mal réfléchie, mal pensée stratégiquement et militairement. Une preuve de plus que les « élites occidentales » ont un niveau et une capacité de gouverner de plus en plus faible. La défaite stratégique des Etats-Unis causera une perte de puissance et d’image, de soft power. Les Etats-Unis seront moins redoutés.
La guerre est un évènement complètement incontrôlable. Les progrès notamment dans les drones, matériel peu couteux, rendent tous les endroits du monde potentiellement dangereux, difficile à tenir même pour les puissances ; les Houthis l’ont prouvé en mer rouge il y a un an. Raison de plus pour la France, puissance moyenne, de ne pas s’engager dans des guerres aventureuses. Sans compter que la France est par son histoire et ses principes une puissance d’équilibre et de paix qui cherche à préserver la liberté et la paix du monde, contre les effets forcément délétères des empires. La France doit être non alignée. Elle reste l’ami et membre du camp occidental mais n’est pas un vassal des Anglosaxons.
Avec une telle position, elle aurait pu jouer le rôle de pont entre l’Occident et les BRICS dans cette guerre en Iran et s’en sortir fortifiée. C’est finalement la Russie qui joue ce rôle, la preuve en étant l’appel à la paix d’une heure de Trump à Poutine pour terminer les guerres en Iran et en Ukraine.
Ceux qui voulaient que la France tapent sur l’Iran par détestation des mollahs devraient se rappeler que la sagesse c’est de chercher la paix plutôt que d’envoyer des soldats français mourir dans des guerres aventureuses qui ne sont pas les nôtres, affaiblissant aussi notre puissance et notre crédibilité. La guerre quand elle est engagée est un phénomène incontrôlable qui fait courir des risques énormes aux pays, mieux vaut réfléchir que de le regretter ensuite. Au surplus, les flux d’immigration qui les insupportent est le fruit des déstabilisations des pays arabes par les guerres américaines : 38 millions de réfugiés ! Réfléchir plutôt que d’agir par pulsion, c’est mieux.
Revenons aux choses sérieuses. Pour être crédible, la France doit contrôler complètement sa défense et sa dissuasion nucléaire et ne pas l’européaniser.
Le monde devient multipolaire, progressivement, et les risques pendant la transition sont grands. L’empire américain n’accepte pas d’être un empire, contrairement aux promesses de Trump, et ne veut pas être dépassé par la Chine. La Chine ne peut pas être l’empire car leur démographie catastrophique les privera de la moitié de leur population en âge de travailler dans les 30 ans à venir. Le monde sera bien multipolaire, il faut tenir pendant ce temps trouble.
La puissance est le seul paravent aux crises qui affectent le monde. La puissance est militaire, elle est aussi économique. L’autonomie est un facteur clé de puissance : capacité à nourrir sa population, à être au maximum indépendant au niveau énergétique, à fabriquer les produits nécessaires au pays.
Tout ceci pointe une fois de plus vers le Frexit : l’UE c’est le marché pur et la mondialisation économique, tout ce qui conduit à la perte d’autonomie et de puissance. La France doit en sortir pour retrouver sa puissance économique et se reconstruire, développer son énergie nucléaire et extraire les énergies fossiles dont elle a besoin de ses territoires d’Outre-mer (Guyane notamment), redévelopper son agriculture, son industrie et une autonomie minimale dans ces domaines grâce au protectionnisme. Il y a du travail pour que la France renaisse. Le travail de chaque Français, c’est de rejeter les anciennes élites, devenues parasitaires, incompétentes, corrompues et s’en choisir de nouvelles. Pour que la France renaisse, pour que la situation de tous s’améliore !
Vous souhaitez participer à une commission ?
• Signalez s’il vous plaît le domaine dans lequel vous avez des compétences dans l’en-tête de l’email.
• Envoyez une note de 3 pages maximum constats/propositions, expliquant les problèmes des politiques suivies (ou les bonnes choses) dans ce domaine et ce que vous proposeriez en tant que ministre pour redresser le pays dans ce domaine. La partie proposition, la plus importante, doit être plus grande que celle des constats. Joignez s’il vous plaît à cet email votre numéro de téléphone.
• Quoi qu’il arrive, nous vous répondrons. Dans certains cas, votre texte pourra être édité sous forme d’article sur le site avec votre nom ou l’alias choisi sauf mention contraire. Vous pourrez être sélectionné pour travailler/composer/écrire en équipe, dans la commission, le programme dans votre domaine ».