
La guerre entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran se poursuit alors que le jeu est foncièrement bloqué.
L’Iran, qui est dans une guerre du faible au fort, disposent encore de missiles et drones pour tenir pendant plusieurs mois selon les analystes militaires les plus pointus. Les lancements de missiles et de drones iraniens ne faiblissent pas comme on le voit ci-dessous. Ils permettent à l’Iran de détruire des raffineries, usines, infrastructures, des champs de pétrole ou de gaz au besoin et même des usines de dessalement vitales pour le golfe persique et Israël (80-90% de l’eau potable consommée) dans une application annoncée de la loi du Talion. Une frappe sur une infrastructure équivalente chaque fois que les Etats-Unis et Israël détruisent une infrastructure en Iran.
Les dégâts infligés par l’Iran dans le golfe et en Israël sont considérables (raffineries, infrastructures GNL, ports, bases américaines, aéroports, usines en Israël…). Les dégâts infligés par les Etats-Unis et Israël à l’Iran sont encore plus importants.
Notons qu’après 4 semaines de guerre, les Américains ont la supériorité aérienne mais pas la domination aérienne. Les avions américains lancent des missiles mais pas des bombes, le ciel iranien restant trop dangereux pour y circuler. Les Iraniens disposent de milliers de missiles sol-air Manpads pouvant abattre des avions qui se risqueraient dans le ciel iranien. En conséquence, le stock de missiles américains Air-Sol baisse dangereusement.
Débloquer l’ensemble du détroit d’Ormuz par la force semble mission impossible.
Les côtes sont essentiellement montagneuses ou proches des montagnes et sont immenses : il y a plus de 1000 km de côtes entre Bandar Abbas et Bassora. Les Américains ne disposent que de 20.000 militaires maximum prêts à débarquer face aux 650.000 soldats iraniens.
Même si les Etats-Unis arrivent lors d’une opération militaire périlleuse à prendre la zone du détroit d’Ormuz, ce qui semble très difficile, il faudra ensuite être capable de soutenir, de ravitailler les troupes au sol (dangereux vu que les bateaux américains n’osent pas s’approcher à cause des missiles iraniens) et les Iraniens pourront depuis les 1000 km de côtes dans le golfe persique attaquer les pétroliers passant le détroit par drone ou par missiles. Le déblocage du détroit ne débloque donc pas le passage des bateaux. Tant que les forces iraniennes sont présentes dans le golfe persique (drones, missiles, vedettes rapides et sous-marins), le détroit n’est pas débloqué à la navigation. Les drones et missiles étant cachés dans des cavités sous-terraines de grande profondeur, leur destruction est très difficile.
Une opération américaine au Khouzestan, plaine riche en pétrole ?
Il sera très difficile de prendre les parties montagneuses de l’Iran, soit la quasi-totalité du territoire.
Les Américains peuvent tenter de prendre le Khouzestan iranien (rong rouge sur la carte de gauche), qui a l’immense avantage d’être à la fois une plaine et la région la plus riche en pétrole de l’Iran à gauche. Cela permettrait d’assécher les moyens du régime si les troupes sont capables de le tenir suffisamment longtemps. Tenir le terrain n’en restera pas moins très difficile car la navigation dans le golfe persique restera quasiment impossible pour les bateaux américains à cause des drones aériens et sous-marins, des missiles et des sous-marins de poche iraniens. Un ravitaillement aérien est aussi très difficile. Le ravitaillement peut se faire par voie de terre à partir des pays du golfe. Dans ce cas, autre risque, les puits de pétrole et de gaz du golfe pourraient être ravagés par les missiles et drones iraniens. Enfin, si les Américains peuvent faire mal à l’Iran en tenant cette zone, ils seraient la cible d’une guérilla de l’armée iranienne de 650.000 hommes, postées dans les montagnes. Une situation hautement instable.
Continuer la guerre s’apparente à tout détruire dans le cœur énergétique du monde.
Les infrastructures d’Iran, les infrastructures d’Israël et du golfe persique partent en fumée. Plus la guerre dure, plus les destructions dans le cœur énergétique du monde seront importantes et longues à réparer. Si les puits de pétrole et de gaz sont attaqués, c’est une crise pétrolière considérable et de longue durée qui posera des problèmes gravissimes à l’économie mondiale. Le monde se passerait de près de 20% de sa consommation de pétrole. Les prix seraient au plafond (200, 300 $ le baril ?), la récession serait immense et l’inflation énorme. Une crise économique et financière d’une ampleur jamais vue.
La solution de faire partir l’armada américaine sans débloquer le détroit d’Ormuz, solution invoquée par certaines sources américaines, n’est pas une solution. Le détroit restera bloqué tant que l’Iran le veut. Des pressions seraient exercées par tous les pays mais la crise énergétique pourrait continuer. L’Iran pourrait fixer un péage sur les bateaux passant le détroit et imposer que le pétrole soit facturé en yuan, détruisant le pétrodollar. Les Etats-Unis ne peuvent pas partir sans régler le problème.
Si les acteurs sont guidés par la rationalité, une solution existe.
Si Israël a une influence certaine sur la politique étrangère américaine, les Etats-Unis peuvent se passer de leur accord pour pouvoir se sortir du guêpier iranien.
L’Iran est touché par des sanctions économiques et financières américaines depuis des dizaines d’années. Celles-ci freinent son développement et rendent hautement impopulaires le régime, via la crise économique et sociale qu’engendrent ces sanctions.
Un bon accord pour l’Iran et les Etats-Unis est la fin des sanctions économiques américaines contre le pays et un traité de paix avec des garanties de sécurité pour l’Iran contre le déblocage du détroit d’Ormuz, la remise de l’uranium enrichi iranien, un contrôle très strict de l’enrichissement à venir pour les besoins civils iraniens. C’est la seule solution pour débloquer le détroit d’Ormuz sans passer par une situation humiliante et mauvaise pour les Etats-Unis : un Iran qui ouvre le détroit uniquement aux pétroliers et gaziers commerçant en Yuan par exemple. Cependant, le régime iranien a besoin de cet accord pour ne pas voir son pays dévaster, pour pouvoir durer. Ils auront tenu tête aux Etats-Unis, ils pourront revendiquer la victoire. Le gouvernement américain a besoin de cet accord pour éviter un désastre pour l’économie mondiale et américaine (avec des élections importantes dans 6 mois). Il pourra aussi revendiquer la victoire. L’Amérique y perdra quelques plumes de soft power aux yeux du monde mais la situation restera gérable. Ce qui rend la chose difficile est que les Américains ont négocié par deux fois avec les Iraniens et ont fini par tuer les négociateurs et les responsables iraniens par surprise.
Une poursuite de la guerre exposerait les Etats-Unis à des risques immenses de désastre pour l’économie mondiale et à une énorme perte de légitimité internationale puisque tout le monde les rendra responsables du désastre. Nous assisterons à une crise alimentaire énorme à cause de la disponibilité et du prix des engrais, trop cher pour les paysans des pays émergents. Sans compter que la guerre est foncièrement imprévisible et peut déboucher sur une guerre mondiale. Le risque est faible mais il existe.
Si le conflit dure encore un mois, les dégâts sur l’économie mondiale seront importants.
La situation se stabilisera lentement sur le front du pétrole car des infrastructures ont été touchées, les puits fermés, nombreux, mettront plusieurs semaines/mois à être remis en route. Le golfe persique représente environ 15% des exportations mondiales de gaz. Pour les précurseurs d’engrais comme l’urée et l’ammoniac, le golfe persique pèse entre 20 et 30% des exportations mondiales.
Les prix du pétrole, du gaz et des engrais baisseront lentement vers « la normale ».
Le monde vivra une période d’inflation élevée qui pourrait durer au moins une année. Avec un mois de plus de guerre, il est fort probable que les Etats-Unis entrent dans une véritable crise financière qui accélèrera à son tour les risques économiques. Vu que l’inflation sera élevée, la banque centrale américaine ne pourra pas facilement résoudre la crise financière en baissant ses taux d’intérêt et en achetant de la dette. Le choix entre la crise économique et la crise inflationniste sera un véritable dilemme pour la banque centrale américaine.
Si le conflit dure plus de 6 mois mois, les dégâts sur l’économie mondiale seront considérables.
Vu l’agressivité des acteurs, il est à craindre que les puits de gaz, de pétrole, toutes les infrastructures des pays du golfe dont l’Iran soient gravement touchés.
Les prix du pétrole s’envoleront probablement bien au-dessus des 200 dollars le baril. Le gaz montera fortement, les engrais aussi. Quand à l’hélium nécessaire à la fabrication de puces, produits au niveau mondial à 30% au Qatar, il pourrait manquer et créer des ruptures d’approvisionnement en puces électroniques. Nous entrons alors dans l’inconnu avec une crise alimentaire, économique et financière qui pourraient être d’une ampleur jamais vue.
Les Etats-Unis, responsable de cette guerre et de la crise dantesque qui s’ensuivra, seront très affaiblis. Ils n’y ont aucun intérêt.
Conclusion :
Cette guerre a été décidée sans analyse sérieuse de la situation. Elle peut faire basculer le monde dans une crise économique d’ampleur dantesque et conduire à des bouleversements géopolitiques majeurs. Vu l’irrationalité des décisions prises par les Etats-Unis ce dernier mois, il est impossible de savoir si les acteurs vont être à l’avenir rationnel et négocier un accord avantageux pour chacun d’entre eux. L’avenir du monde est joué à la roulette russe.
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