
L’EUROPE COMME IDEOLOGIE
On ne mesure pas la perversité de la « construction européenne », aujourd’hui de plus en plus manifeste, si on ne l’analyse pas comme une construction idéologique.
Idéologique, non au sens de Karl Marx, qui ne voit dans l’idéologie qu’un habillage des intérêts de classe, mais au sens d’Hannah Arendt, pour qui il s’agit d’une véritable pathologie de la raison politique telle qu’elle s’est exprimée dans les systèmes totalitaires (socialisme soviétique ou national) et telle qu’on en voit un nouvel avatar, en apparence plus tempéré, dans les sociétés occidentales.
Au départ de toute idéologie, deux caractères :
. Une simplification (voire une vision fausse) du réel. « Les idéologies sont « des simes qui peuvent tout expliquer en le déduisant d’une seule prémisse » (Hannah Arendt), par exemple en disant que « l’histoire du monde est l’histoire de la lutte des classes » [1]. Il s’ensuit un affaiblissement du principe de réalité.
. Une ambition messianique, ou à tout le moins s’inscrivant dans un progrès, dans une conception orientée du temps. Il n’y a pas des idéologies progressistes : toute idéologie est progressiste.
Ces deux caractères, simplification et progressisme, s’appliquent clairement au projet européen.
La simplification : l’idée de départ est que la cause des guerres qu’a connues l’Europe était les différences nationales et la rivalité des États ; l’Union européenne doit donc mettre fin à ces guerres. Or personne ne peut plus dire aujourd’hui que « l’Europe, c’est la paix », selon le slogan qu’on a asséné pendant des années (cf. Balkans, Ukraine) ;
Le progressisme : c’est un projet qui se veut en rupture avec des siècles de rivalités nationales. À sa manière, il est aussi, pour l’Europe, une « fin de l’histoire ». L’Europe fonctionne sur le mode de la cancel culture, c’est-à-dire de l’abrogation du passé.
À partir de là, de nombreux caractères dérivés :
L’idéologie est toujours universaliste. Bruxelles, que certains Français tiennent pour l’origine de tous les maux, s’inscrit largement dans un système non plus continental, mais mondial. Jean Monnet l‘avait déjà dit[2] . La plupart directives européennes ne sont que la transposition d’ordres venus de plus haut: l’OMC pour le commerce et l’agriculture, l’OMS pour la santé, l’OCDE pour l’éducation, le GIEC pour l’écologie, l’OTAN pour la défense et la diplomatie. On peut donc dire que, en partie au moins, l’État mondial existe déjà, sous la forme d’une demi-douzaine d’organisations qui prétendent régir l’univers. Ce projet conduit au mondialisme qui est en cours de réalisation : l’effacement des restrictions à la circulation des marchandises, des capitaux et des hommes s’inscrit dans ce projet.
L’universalisme conduit à l’impérialisme . Le royaume du Bien doit se répandre sur la terre entière.
. L’idéologie tend à effacer toutes les frontières et différences de nation, mais aussi de sexe, de culture, etc. Le contraire de la Genèse où chaque jour Dieu instaure une différence .
. La construction européenne conduit au centralisme. Cela contredit l’idée de « fédéralisme européen » dont se prévaut Bruxelles. De fait, l’Europe de Bruxelles n’a rien de fédéral. Elle ne laisse aux États que des pouvoirs résiduels. Le déclin de la démocratie s’en suit.
. Les idéologies s’attirent les unes les autres. L’idéologie européenne attire à elle toutes les idéologies, même celles qui n’ont a priori rien à voir avec le principe d’une union des États d’Europe : ultra-écologisme, ultra-féminisme, LGBT, immigrationnisme, etc.
. L’idéologie conduit au manichéisme. Un vrai débat n’est presque jamais possible avec un adepte convaincu de la construction européenne qui ne sait que diaboliser son adversaire.
. En conséquence, la construction européenne est le lieu par excellence des « effets contraires au but poursuivi » ( Hayek) : au lieu de la paix, la guerre ; au lieu de la démocratie, l’intolérance et la pensée unique ; au lieu de la prospérité, le déclin économique ; au lieu de la souveraineté des peuples, une oligarchie bureaucratique fermée.
. L’hostilité des peuples d’Europe, ce qu’on appelle avec mépris le «populisme » est la conséquence habituelle des régimes idéologiques lesquels oublient la mission séculaire de tout gouvernement: servir les peuples, les protéger, assurer leur prospérité.
Roland HUREAUX
Réf. : Roland Hureaux : Les Hauteurs béantes de l’Europe, FX de Guibert, 2001 (Reed 2008 )
[1] Jean Baechler dit de son côté que « l’utopie se caractérise par la volonté d’organiser les activités sociales jusque dans le détail à partir d’un principe unique » (Qu’est-ce que l’idéologie ? Idées-Gallimard, 1976, p. 95)
[2] « la Communauté n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain[2] » (Mémoires, tome 2, p.794.
Vous souhaitez participer à une commission ?
• Signalez s’il vous plaît le domaine dans lequel vous avez des compétences dans l’en-tête de l’email.
• Envoyez une note de 3 pages maximum constats/propositions, expliquant les problèmes des politiques suivies (ou les bonnes choses) dans ce domaine et ce que vous proposeriez en tant que ministre pour redresser le pays dans ce domaine. La partie proposition, la plus importante, doit être plus grande que celle des constats. Joignez s’il vous plaît à cet email votre numéro de téléphone.
• Quoi qu’il arrive, nous vous répondrons. Dans certains cas, votre texte pourra être édité sous forme d’article sur le site avec votre nom ou l’alias choisi sauf mention contraire. Vous pourrez être sélectionné pour travailler/composer/écrire en équipe, dans la commission, le programme dans votre domaine ».